Selon un dossier de Christian Robert Page

 

Victoria (Colombie-Britannique), 5 octobre 1981.

Grant Breiland raccroche le combiné du téléphone public. L’homme avec qui il avait rendez-vous ne viendra pas.

Deux jours plus tôt, Grant Breiland a observé un OVNI dans le ciel de Victoria. Il en a aussitôt discuté sur les ondes de son radio C.B. pour apprendre qu’un autre homme des environs avait lui aussi été témoin du phénomène. Les deux hommes ont alors convenu de se rencontrer dans un centre commercial de la région pour parler de leur observation. Mais voilà que depuis ces événements, le correspondant de Breiland a été victime d’un bête accident et s’est cassé le bras.

Pendant qu’il retourne entre ses doigts le bout de papier sur lequel est inscrit le numéro de téléphone de son correspondant, Breiland prend soudainement conscience de l’étrange « ambiance » qui l’entoure. Le centre commercial, habituellement très achalandé, est tout à fait désert. Seuls deux hommes — qui se ressemblent comme des frères jumeaux — se tiennent un peu en retrait, comme s’ils attendaient de pouvoir utiliser à leur tour le téléphone public. Breiland est surpris par leur aspect. Les deux hommes portent des complets identiques d’un bleu très foncé, presque noir. Leur visage est très particulier, émacié. Ils n’ont pas de sourcils, leurs yeux sont noirs et fixes. Ils ont un teint bronzé, comme s’ils revenaient d’un voyage sous les tropiques.

Comme Breiland s’éloigne de la cabine téléphonique, l’un des hommes se penche sur lui et demande :

« Quel est votre nom ? »

Étonné, Breiland lui répond que cela ne le regarde pas. Aussitôt, le « frère jumeau » demande à son tour :

« Où habitez-vous ? ».

Même refus de Breiland. Mais l’homme en complet ne se laisse pas décourager et enchaîne :

« Quel est votre numéro ? ».

Breiland est surpris par cette question. L’homme ne lui a pas demandé son numéro de téléphone mais son numéro… comme s’il s’agissait d’une sorte de matricule.

Breiland ne répond pas. Il feint de ne pas comprendre. Les deux hommes le dévisagent encore quelques secondes puis tournent les talons — comme s’ils étaient soudés à la hanche — et s’éloignent avec un synchronisme qui ferait pâlir d’envie les amateurs de marche militaire.

Breiland les regarde s’éloigner un instant puis décide de leur emboîter le pas. Les deux « personnages » traversent le hall commercial ; sortent à l’extérieur et se dirigent résolument vers un terrain vague qui longe le centre commercial. Le terrain n’a pas d’issue. Tout au bout, il n’y a qu’un mur qui limite l’accès à un chantier voisin où des travaux de construction sont déjà en cours.

Du parvis du centre commercial, Breiland regarde les deux hommes s’éloigner. Soudain, il entend une voix, comme si quelqu’un chuchotait derrière lui. Il se retourne, mais il n’y a personne. Il porte de nouveau son regard sur les deux « hommes en complet » ; ces « Dupont » nouveau genre. Ceux-ci ont atteint le milieu du terrain vague, apparemment insouciants de la boue et des obstacles. Puis, de nouveau, Breiland entend cette voix derrière son épaule qui murmure son nom. Il fait volte-face, mais il n’y a toujours personne. Lorsqu’il jette à nouveau un regard en direction du terrain vague, les deux hommes ont disparus… comme s’ils étaient tout simplement passé au travers du muri

 

Reconstitution (tirée de Dossiers Mystère) de la rencontre de Grant Breiland (5 octobre 1981)

Reconstitution (tirée de Dossiers Mystère) de la rencontre de Grant Breiland (5 octobre 1981)

 

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Quoique surprenante, la rencontre de Grant Breiland n’est pas unique dans les annales de l’inexplicable. Depuis les années 1950, de nombreux témoins ou enquêteurs du phénomène OVNI affirment avoir reçu la visite de ces mystérieux personnages en « complets sombres ». Baptisés les Hommes en noir ou MIBs (pour Men in Black), ces curieux personnages ont même été incarnés au cinéma sous les traits de Will Smith et de Tommy Lee Jones. Mais qui sont-ils vraiment.

L’affaire des Hommes en noir débute en 1952, au Connecticut. Cette année-là, un certain Albert K. Bender fonde l’International Flying Saucer Bureau, un organisme voué à l’étude des OVNIS. L’association connaît un succès immédiat. Très rapidement des délégations apparaissent tant aux États-Unis qu’à l’étranger. Puis, à l’automne de 1953, alors que le «bureau» est en pleine croissance, Bender annonce qu’il laisse tout tomber. En quelques jours, l’organisme n’est plus qu’un souvenir. ii

Trois ans plus tard, dans un livre intitulé They Knew To Much About Flying Saucers (Ils en savaient trop sur les soucoupes volante), Gray Barker, un ami de Bender, raconte les raisons qui ont poussé son collègue à quitter l’univers des OVNIS. Bender lui aurait en effet confié avoir reçu la visite de trois hommes tout de noir vêtus (complet noir, cravate noir, chemise blanche et lunettes noires) qui lui auraient conseillé de se retirer avant que les «choses ne tournent mal».iii

Au lendemain de la publication du livre de Gray Barker, les apparitions des MIBs se multiplient, tant aux États-Unis qu’à l’étranger. Le scénario est toujours le même. Par groupe de deux ou trois, ces mystérieux personnages visitent témoins et enquêteurs pour leur demander de taire leur observation, d’abandonner leurs recherches où simplement pour leur faire savoir « qu’ils sont surveillés ». Le ton est souvent intimidant, voire menaçant. Parfois, les MIBs semblent tout savoir de leurs « victimes » : leurs habitudes, le nom de leurs amis, leur agenda et même, souvent, des détails beaucoup plus intimes. Ces curieux personnages semblent jouir de moyens étendus : de la surveillance par des agents en civil à l’écoute électronique. Ils se déplacent généralement à bord de vieilles cadillacs noires et prétendent souvent appartenir à des agences gouvernementales, de la CIA au FBI en passant par le département de l’Énergie.

En 1959, informé de l’affaire, Edgar J. Hoover, le grand manitou du FBI, demande à ses services de se procurer une copie du livre de Gray Barker.iv Visiblement, le FBI est embarrassé par cette affaire. Après enquête, la police fédérale conclut que ses services n’ont rien à voir avec ces mystérieuses visites.v

Le 3 août 1965, Rex Heflin (38 ans), un employé du service de la voirie pour le comté d’Orange (Californie), roule près de Santa Ana. Alors qu’il s’apprête à photographier des branches d’arbres qui masquent un signe de traverse de chemin de fer, Heflin voit apparaître dans le ciel un objet circulaire. L’engin, qu’il estime à 20 mètres de diamètre, semble fait en métal et brille sous le soleil. Il se déplace en silence en provoquant au sol une légère perturbation. Heflin braque sa camera, un modèle 101 Polaroïd, et prend rapidement quatre clichés de l’OVNI avant qu’il ne disparaisse.vi Dans les jours qui suivent, la sœur d’Heflin apporte les photographies au bureau du Register de Santa Ana. Elles sont publiées dans l’édition du 20 septembre, six semaines après les événements.vii

Le jour même, Heflin reçoit un coup de fil d’un homme qui s’identifie comme un Colonel de la NORAD (acronyme pour North American Air Defense). L’officier prend rendez-vous avec Heflin pour le 22 septembre et lui demande d’ici là de ne plus parler de son histoire. Le 22 septembre, comme prévu, deux hommes en complets sombres se présentent chez Heflin et lui demandent d’emprunter ses photographies originales, promettant de les lui rapporter rapidement. Mais les photos tardent à revenir… Heflin contact le bureau local de la NORAD où on lui assure ne rien connaître de ces événements.viii Il attendra 30 ans (1992) avant de retrouver dans sa boîte aux lettres une enveloppe anonyme contenant ses photographies originales.ix Comme le dit l’adage : « mieux vaut tard que jamais ».

En 1967, U.S Air Force, informé de ces « visites » illicites, va même jusqu’à émettre une note informant son personnel que des « gens vêtues en civil et prétendant appartenir à un corps d’élite de la NORAD visiteraient des témoins du phénomène OVNI pour leur demander de ne rien dire de leur observation. » L’Air Force précise que ces visiteurs « sont des imposteurs et que tout officier ayant eu vent de telles activités doit immédiatement en informer ses supérieurs. »x

Dans son livre The Truth Behind Men in Black, l’ufologue britannique Jenny Randles rapporte des dizaines d’histoires de visites d’Hommes en noir, des visites échelonnées de la fin des années 1950 jusqu’à aujourd’hui.

En 1978, Patricia Hayes était enquêtrice pour la Canadian UFO Research Network, une organisation à caractère ufologique de Stratford en Ontario. Un après-midi, alors qu’elle s’affairait à rassembler ses notes en vue d’une importante intervention radiophonique, elle a reçu une étrange visite qu’elle n’a jamais oubliée.

« Le 25 avril 1978, je me préparais à participer à une émission de radio. J’étais donc chez moi à revoir des notes sur les OVNIS quand on a frappé à la porte. Je suis allé ouvrir et là j’ai été si surprise que j’ai reculé d’un pas. Sur le seuil se tenait un homme qui avait toutes les caractéristiques de ces fameux « Hommes en noir ».

« Sur le coup je ne savais trop quoi faire. L’homme est resté là un long moment — au moins une minute — à me fixer. J’avais l’impression qu’il essayait de lire en moi ; comme s’il cherchait à savoir par télépathie ce que j’allais dire à cette émission.

« Dans sa main, il tenait un album. Il l’a ouvert. Sur une page il y avait la photographie d’un bambin et sur l’autre celle d’une femme avec un enfant. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il s’est adressé à moi. J’avais de la difficulté à comprendre ce qu’il me disait. Il m’a fallu quelques secondes pour saisir le sens de ses propos. Il m’a demandée « Aimeriez-vous que l’on prenne une photo de vous ou de vos enfants ? Nous avons un mobile dans la région. »

« Lorsque l’on parle, on sait instinctivement où s’arrête la phrase et où se placent les intonations. Pas lui. Il parlait d’une manière très saccadée et mécanique. Il coupait ses mots au milieu des syllabes, comme s’il ignorait comment formuler une phrase. Je lui ai répondu que  » Non, j’avais suffisamment de photos « . Il est resté là une autre minute à me dévisager, puis il a tourné les talons et s’est éloigné.

« Il était tout habillé de noir. Il devait mesurer cinq pieds six (1,52 m). Il était très maigre et sa tête légèrement disproportionnée. Ses cheveux étaient très ras, comme s’il s’était rasé le crâne et qu’il commençait à avoir une repousse. Sa peau avait une légère coloration verdâtre. Ses lèvres étaient très minces et ses joues creuses. Ses yeux étaient noirs, très bridés et s’étiraient sur les côtés. Je n’avais jamais vu des yeux comme cela auparavant.

« J’ai refermé la porte. J’étais encore sous le choc. J’ai alors voulu savoir vers où il se dirigeait. Je suis ressorti et j’ai regardé dans la rue. Il n’était nulle part. Pourtant il ne s’était écoulé que quelques secondes entre le moment où j’avais fermé le porte et le moment où j’étais ressortie. J’habitais alors au milieu d’une rangée de maisons. Même en courant, l’homme n’aurait pas pu atteindre le coin de la rue.

« Après cette visite, j’ai questionné une voisine pour savoir si elle aussi avait reçu la visite de ce MIB. Elle ma répondu que oui. Elle m’a raconté que l’homme — qui portait à ce moment-là des verres fumés — lui avait remis son album photos. Elle l’avait ouvert et avait été très étonnée de voir que l’album ne contenait que deux photographies. Toutes les autres pages étaient vierges. Elle a trouvé cela très louche. Elle lui a demandé pour quelle compagnie il travaillait. Il a répondu qu’il était représentant pour un important studio de London [Ontario]. Comme moi, elle lui a dit qu’elle n’était pas intéressée par ses photos. Après coup, elle a quand même téléphoné à ladite compagnie pour savoir de quoi il en retournait exactement et qui était ce drôle de bonhomme. On lui a répondu que la compagnie n’envoyait pas de « photographes itinérants » et qui plus est la description de cet homme ne correspondait pas à l’un de leurs employés.

« C’est après cette sollicitation chez ma voisine que ce MIB est venu chez moi. Il n’a visité aucune autre maison du voisinage. Je pense aujourd’hui que cette visite chez ma voisine était une erreur ; qu’il s’est trompé de maison. Je suis persuadée que c’est moi — et uniquement moi — qui était visée par ce MIB.

« Quelques jours après cette visite, j’ai noté que plusieurs de mes dossiers OVNI avaient disparu. Je pense qu’il y a sûrement un lien.

« Trente ans se sont écoulés depuis cette rencontre et je n’ai jamais oublié cet homme. Je ne sais pas qui sont ces MIBs, mais si vous me demandez mon opinion à leur sujet, je vous répondrais que — d’après mon expérience personnelle — ils ne sont certainement pas humainsxi

Au fil des ans, l’identité de ces mystérieux Hommes en noir a fait l’objet des plus folles spéculations. On les a accusés d’appartenir à une aile secrète de la CIA ou de l’Armée de l’Air américaine, laquelle était alors en pleine étude du phénomène des OVNIS. Mais des documents obtenus récemment via la loi d’accès à l’Information rendent ces solutions peu probables. D’autres ont prétendu que les Hommes en noir appartenaient peut-être à un organisme occulte chargé de contrôler l’information sur les OVNIS.1

La solution est peut-être en partie beaucoup plus simple.

Historiquement, les MIBs ont fait leur apparition en 1953. Ils ont été omniprésents durant les années 50 et 60. Puis, depuis 1969, ils ont presque disparus de la circulation (on ne leur connaît que quelques rares apparitions). Or, curieusement, cette période coïncide avec la tenue du projet Blue Book, la commission d’enquête américaine sur les OVNIS parrainée par l’U.S. Air Force. Mille neuf cent cinquante trois, coïncide également avec l’implication de la CIA dans le dossier des OVNIS. Pour l’histoire, rappelons que c’est en 1953 que la CIA a exprimé, lors d’une réunion secrète au pentagone, son souhait de voir le dossier OVNI « retiré » d’entre les mains d’organismes civils. À l’issue de cette rencontre, le CIA a obtenu carte blanche pour mettre de l’avant toutes les mesures nécessaires pour que le phénomène OVNI ne soit pas utilisé par des groupes ou des individus subversifs.xii Albert Bender et son International Flying Saucer Bureau ont-ils été les premières victimes de ces nouvelles dispositions ?2

Il est possible que certains Hommes en noir aient été réellement des agents de la CIA3. Dans d’autres cas, il est possible que les témoins aient reçu la visite d’officiers de l’U.S. Air Force attachés au projet Blue Book, des officiers qui, sous la plume d’un journaliste ou d’un auteur en quête de sensations, sont devenus des MIBs. Enfin, il n’est pas exclu que certains Hommes en noir aient été tout simplement des ufologues ou des enquêteurs un peu excentriques qui s’habillaient ainsi pour se donner un « style ». Lors de congrès consacrés aux OVNIS, que ce soit en Europe ou aux États-Unis, il m’est arrivé de croiser des ufologues habillés en Hommes en noir ou en Fox Mulder. Et quand on sait à quel point les ufologues peuvent être prompts à exhiber leur carte d’association (au nom tous plus ronflants les uns que les autres), il ne faudrait pas sous-estimer leur rôle dans ces histoires d’Hommes en noir. Aux yeux de témoins peu familiers avec les acronymes des diverses agences gouvernementales, la visite d’un ufologue membre d’une association de garage peut vite se transformer en une rencontre avec « un enquêteur d’une agence officielle ».

Cela dit, ces hypothèses n’expliquent pas des témoignages comme ceux de Grant Breiland ou de Patricia Hayes. Difficile de croire que ces gens — comme des dizaines d’autres d’ailleurs — aient imaginé ces personnages bizarres. Et si dans de rares occasions les MIBs étaient autre chose ?

Pour plusieurs amateurs d’OVNI, les Hommes en noir — aussi surprenant que cela puisse paraître — seraient des extraterrestres chargés de contrôler ou supprimer toute information quant à leur présence sur terre ; un scénario digne de la populaire série Les envahisseurs (The Invaders). Pourtant, force est de reconnaître que leurs apparitions coïncident étrangement avec des événements inexplicables.

« Même s’il est possible que les gouvernements aient utilisé le phénomène des MIBs pour intimider des témoins, explique l’ufologue canadien Grant Cameron, je reste persuadé qu’ils n’en sont pas pour autant les créateurs. Personnellement j’étudie ce genre d’affaire depuis plus de 30 ans et je pense que le gouvernement en sait beaucoup moins sur la nature réelle des MIBs qu’il voudrait nous le faire croire. Je pense que les autorités n’ont pas la logistique nécessaire pour produire un phénomène comme celui les MIBs. Ces manifestations sont trop complexes pour être simplement attribuées à quelque agence du gouvernement. Je suis convaincu que les MIBs sont en réalité des extraterrestres et que leurs apparitions s’inscrivent à un agenda bien établi. Avec les MIBs les extraterrestres cherchent à nous confondre tout en nous signifiant qu’ils sont là et qu’ils nous observent. »xiii

Le 8 octobre 1981, un certaine Hannah McRoberts photographiait un étrange disque argenté près de Kelsey Bay, dans le nord de l’île de Vancouver. La photographie, soumise à une batterie d’expertises, est considérée aujourd’hui comme l’une des plus crédibles de l’histoire des OVNIS.xiv Curieusement la prise de la photo McRoberts, le 8 octobre 1981, survient à peine cinq jours après l’observation de Grant Breiland — observation rapportée elle aussi au-dessus de l’Île de Vancouver — et trois jours après l’étrange rencontre de ce dernier avec d’inquiétants MIBs dans un centre commercial de Victoria.

Simple coïncidence ?

Qui sont les Hommes en noir ? Des agents à la solde du gouvernement ? Des ufologues zélés ? Des extraterrestres en mission ? Je l’ignore, mais j’avoue que l’idée que ces personnages puissent être des extraterrestres chargés d’intimider les témoins et les enquêteurs m’apparaît invraisemblable. Non pas que je doute que les extraterrestres puissent s’habiller en noir, mais bien parce que je les imagine mal au bureau des véhicules faisant une demande pour un permis de conduire.

Le phénomène des Hommes en Noir a aussi inspiré deux comédies à succès : Men In Black (1997) et Men In Black II (2002), mettant en vedette Will Smith et Tommy Lee Jones

 

1 En décembre 1984, Jaime H. Shandera, un producteur de la télévision américaine, reçoit une enveloppe anonyme contenant une bobine de film 35 mm. Une fois développée, la pellicule révèle un long « mémorandum » frappé du sceau de la confidentialité et intitulé Opération Majestic-12. Le document aurait été préparé en novembre 1952 à l’intention du nouveau président élu, Dwight Eisenhower. Il raconte comment, en 1947 — au lendemain de la découverte d’une soucoupe volante et de ses occupants dans le désert de Roswell au Nouveau-Mexique — Harry Truman, le président d’alors, aurait autorisé la création d’un groupe de douze hommes dont l’objectif premier était d’empêcher toute révélation publique concernant les extraterrestres. Ce petit groupe d’initiés, nom de code Majic-12 ou MJ-12, n’aurait pas hésité à faire appel au chantage et même au meurtre pour préserver l’ultime secret de la présence des extraterrestres. Certains racontent que même le président Kennedy — qui s’apprêtait dit-on à « lâcher le morceau » — aurait été abattu par des hommes à la solde du MJ-12. Les six premières pages du document résument les objectifs du projet. Viennent ensuite deux pages d’annexe et enfin une note datée du 24 septembre 1947, signée par le président Harry Truman. Celui-ci y invite James Forrestal, son secrétaire à la défense, à mettre sur pied ledit programme. Les documents portent également des caractères tamponnés, comme Top Secret, Majic et Eyes Only. Depuis, les documents dits du MJ-12 ont été sévèrement critiqués, voire tout à fait discrédités. La signature du président Truman, par exemple, est tout à fait identique à celle apparaissant sur un autre document, celui-là bien connu et authentique. Or deux signatures ne peuvent jamais être identiques. Elles peuvent être semblables, mais jamais identiques. La formulation des dates apparaissant sur le document du MJ-12 est aussi très inhabituelles et ne correspond pas au « style » de l’époque. Enfin, les caractères tamponnés, Top Secret, Majic et Eyes Only présentent de légères imperfections. Curieusement, ces mêmes imperfections se retrouvent sur les étampes utilisées au début des années 1980 par l’ufologue américain William Moore, suspecté depuis le tout début d’avoir fabriqué les documents du MJ-12. Pour l’instant, il n’existe aucune preuve que le MJ12 (ou un groupe semblable) ait jamais existé.

2 En 1962, après neuf années de silence, Albert K. Bender a publié « sa » version de l’histoire des Hommes en noir. Dans Flying Saucers and the Three Men (Les soucoupes volantes et les trois hommes), l’auteur raconte que ses MIBs n’étaient pas des agents à la solde du gouvernement américain, mais des extraterrestres en mission sur Terre. Son récit — ou se mêle le fantastique, l’occulte et l’érotisme — s’éloigne de l’ufologie (étude des OVNIs) « pure et dure ». Bender y raconte des péripéties incroyables dont une visite dans le « quartier général » des extraterrestres, une base high tech dissimulée sous les glaces de l’Antarctique. Là, il aurait appris que les extraterrestres avaient pour mission première d’extraire de nos océans une substance devenue rarissime sur leur planète.

3 Nous savons aujourd’hui que le ministère de la Défense britannique (MOD) a entretenu en secret — et ce depuis les années 1950 — un « bureau d’enquête » sur les OVNIs. Lors d’observations importantes, des agents à l’emploi de ce « flying saucer bureau » étaient mandatés pour rencontrer les témoins et colliger de l’information sur les OVNIS. Ces visites sont sans doute à l’origine de plusieurs histoires de MIBs en Grande-Bretagne. (Jenny Rendles, The Truth Behind Men in Black).

i Jenny Randles, The Truth Behind Men in Black (St.Martin’s Paperbacks, 1997), pp. 130-133

ii Nicholas Redfern, The F.B.I. Files (Simon & Schuster, 1998), p. 319

iii Gray Barker, They Knew Too Much About Flying Sauvers (IllumiNet Press, 1997), p.114

iv Lettre du FBI, 22 janvier 1959

v Nicholas Redfern, The F.B.I. Files (Simon & Schuster, 1998), p. 331

vi Ann Druffel, Firestorm (Wild Flower Press, 2003), pp. 288-290

vii Ann Druffel, Firestorm (Wild Flower Press, 2003), p. 291

viii Ann Druffel, Firestorm (Wild Flower Press, 2003), p. 293

ix Ann Druffel, Firestorm (Wild Flower Press, 2003), p. 322

x Jenny Randles, The Truth Behind Men in Black (St.Martin’s Paperbacks, 1997), pp. 97-98

xi Entrevue avec Patricia Hayes réalisée le 14 juillet 2004

xii Jerome Clark, The UFO Encyclopedia vol. 2 (Omnigraphics, Inc., 1992), pp.289-291

xiii Entrevue avec Grant Cameron réalisée le 29 mars 2005

xiv Peter A. Sturrock, The UFO Enigma (Warner Books, 1999), pp. 173-197

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